Le cas des Bio-carburants
Par Steph, mercredi 16 janvier 2008 à 21:42 :: Divers :: #129 :: rss
Je reviens, suite au dernier billet sur l'avenir de l'aviation, sur le cas des bio-carburant. Je m'appuie là essentiellement sur un récent article de National Geographic, édition France (n°97, Octobre 2007). J'avais vu il y a quelque temps un documentaire sur Arte sur la culture du maïs en vue d'obtenir de l'éthanol, ceci aux Etats-Unis, et ça m'avait mis la puce à l'oreille, d'autant que cette histoire de bio-carburant, depuis le coup médiatique de l'E85 d'il y a un an, me semblait louche...
Depuis longtemps maintenant on nous parle de colza pour le diesel. On connait aussi l'exploitation de la canne à sucre au Brésil pour alimenter les moteurs de voitures. On entend maintenant de plus en plus que la solution à nos problèmes de pétrole cher serait dans les bio-carburants. Et ce jusque dans l'aviation. Mais à y regarder de plus près, et sans gober comme des moutons les discourts pseudo-écolos des grandes compagnies pétrolières (qui comme par hasard font la promotion de leurs produits censés être "propres"), on s'interroge. Comme donc dans cet article du National Geographic, dont on ne peut pas dire que ce soit une société inconnue et suspecte. Ainsi, il y est abordé le cas de différents biocarburants, différents dans leurs méthodes d'obtention. Le premier, le pire probablement, c'est l'éthanol obtenu du maïs. Ce qui se fait de plus en plus (à coup de subventions d'ailleurs) aux USA. Sans parler du fait que du maïs normalement destiné à l'alimentation animale, voire humaine, est donc détourné vers le réservoir des monumentales voitures américaines, le rendement d'une telle culture est ridicule. Selon le magazine, qui tire lui-même ses sources du US Department of Energy, de l'US Environmental Protection Agency entre-autre, ce rendement est de 1.3 pour 1. C'est a dire qu'on obtient 1.3 fois plus d'énergie que ce que l'on a consommé pour la produire, soit un tout petit 30%. Tout cela parce qu'il faut tout de même culviter ce maïs, donc faire fonctionner des tracteurs, le recolter, le transporter, le transformer dans des raffineries qui consomment de l'énergie, et distribuer l'éthanol obtenu... Autant directement consommer le pétrole ainsi utilisé!
Un autre exemple est donné par le Brésil donc, avec l'exploitation de la canne à sucre. Déjà, cette exploitation date de bien plus longtemps, quand dans les années 1970 le gouvernement brésilien décida de réduire drastiquement la dépendance au pétrole de l'OPEP. A force de subventions, l'économie de la canne à sucre pour le carburant se développa. A la différence du maïs, la canne à sucre contient déjà du ... sucre (hé oui!) qui est plus facilement transformé en éthanol. Et ainsi, le rendement est là de 8 pour 1, ce qui est déjà bien plus intéressant. Le prix de revient est plus faible, tout comme les émissions de gaz à effet de serre. Donc il semble que ce soit la panacée. Oui, si on fermait les yeux sur les dégats à l'environnement que ça occasionne : le fait que les champs de cannes sont brulés avant la récolte (bonjour la fumée et le CO2), mais que surtout ils prennent du terrain sur la forêt amazonienne. Or on sait que la déforestation est aussi une des causes du réchauffement climatique (on n'en sort pas!). Ca n'empèche, au Brésil, la majorité des voitures peut rouler à l'éthanol...
L'article aborde ensuite le cas du biodiesel français, dont on retiendra que le rendement est de 2.5 pour 1, pour un prix de revient pratiquement trois fois supérieur à celui de l'éthanol brésilien. Une vraie lueur d'espoir arrive alors quand on parle du traitement de la cellulose. Là, ce n'est plus du prétendant au pop-corn, ou de sucre de canne, mais simplement des herbes, riches en cellulose. Or la cellulose se transformerait assez facilement (tout est relatif) en alcool. Pour le moment, le procédé n'est pas vraiment au point semble-t-il, mais on arriverait à des rendements de 36 pour 1, ce qui est pour le coup très encourageant. Quand on regarde également que les émissions de gaz à effet de serre sont réduites de 91%, on se dit que finalement ce serait là, la solution. Car en plus, personne ne bouffe les plantes herbacées en question, ou presque. Mais tout ça n'est pas encore pour aujourd'hui. Ni le cas des algues, qui semblent elles-aussi très prometteuses.
En attendant ces prochaines générations de biocarburants, on n'est toujours pas sortis de l'auberge, et ce qu'on peut trouver aujourd'hui sur le marché, ou qu'on envisage pour totalement remplacer le pétrole à court terme, n'est qu'une supercherie tout juste bonne pour donner bonne conscience à la ménagère (qui roule en 4x4?) ou à enrichir certains. Car là encore, on a du mal à croire à une soudaine poussée de civisme écolo ou de philanthropie plutôt qu'à un appât du gain...
Je finirais juste en citant le mag : "Les biocarburants de première et deuxième génération ne remplaceront que 20 à 25% du carburant fossile utilisé. La baisse de la consommation reste l'enjeu principal".
Commentaires
1. Le jeudi 17 janvier 2008 à 00:10, par Hood
2. Le vendredi 1 février 2008 à 22:27, par Hood
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