L'été américain : la peur du pétrole?
Par Steph, jeudi 24 juillet 2008 à 02:02 :: Blabla :: #176 :: rss
Un sujet récurrent des info américaines ces temps-ci, c'est la flambée du cours du pétrole, avec ses conséquences sur le porte-monnaie des automobilistes US. Et là, on touche à quelque chose de sacré pour les américains. Dans un pays qui ne conçoit la consommation que comme un art de vivre, voire une obligation, être obligé de restreindre cette consommation pour des raisons extérieures aux USA mêmes, c'est impensable. Et en tout cas ça fait mal sous la ceinture.
On le sais bien, et j'en ai déjà parlé, les véhicules personnels sont ici énormes et de notoriété publique, plus que gloutons. Le V8 est le moteur par excellence, les cylindrées de 4, 6 ou 8L pratiquement monnaie courante. Le Hummer, de General Motors, est une "invention" américaine, et sa consommation "raisonnable" de presque 16L aux 100km, de l'aveu même de son constructeur. Je viens de faire le calcul pour ma voiture de location, une "compact" tri-corps, et on arrive, alors que je conduis plus que raisonnablement ici, à un chiffre de 10L/100km. Des publicités télé vantent ce genre de consommation comme étant dans la fourchette basse, et une conso de 8L/100km est un argument de vente d'aujourd'hui.
On le sais bien, et j'en ai déjà parlé, les véhicules personnels sont ici énormes et de notoriété publique, plus que gloutons. Le V8 est le moteur par excellence, les cylindrées de 4, 6 ou 8L pratiquement monnaie courante. Le Hummer, de General Motors, est une "invention" américaine, et sa consommation "raisonnable" de presque 16L aux 100km, de l'aveu même de son constructeur. Je viens de faire le calcul pour ma voiture de location, une "compact" tri-corps, et on arrive, alors que je conduis plus que raisonnablement ici, à un chiffre de 10L/100km. Des publicités télé vantent ce genre de consommation comme étant dans la fourchette basse, et une conso de 8L/100km est un argument de vente d'aujourd'hui.
A la pompe, le gallon d'essence à pris 30% en un an, passant de $3 l'année dernière à $4 en moyenne à l'heure actuelle. Ce qui nous met tout de même, en unités métriques, le litre d'essence à 0,64€, soit encore bien loin de nos chiffres français. Malgré tout, l'automobiliste grogne, ou en tout cas l'ambiance véhiculée (sans jeu de mots) par les médias le montre ainsi.
Et c'est là que ça devient intéressant. Car on commence à noter quelques changements de comportement qu'on n'aurait jamais cru possibles il y a encore quelques années. Les consommateurs boudent justement les Hummer, je l'ai déjà dit, et en règle générale les gros 4x4 gourmands, et se rabattent vers des voitures plus "normales", bien qu'on reste toujours dans l'excès par rapport à la norme européenne. Certaines "solutions" sont d'ailleurs totalemetn à coté de la plaque, comme le système qui permet de couper, sur un V6, trois des six cylindres pour limiter la consommation, sans remettre en question l'utilité du V6 lui-même... La publicité met en avant la consommation des voitures. Les moyens d'économiser un peu sur le cout des transports dans le budget se font connaitre. On a le même genre de morosité ambiante qui transpire sur le petit écran ou dans les journaux qu'en France, ce qui fini par miner le moral des américains. Sans compter qu'ils sont plus habitués à être au-dessus de tout le monde, donc hors de portée de ce genre de déconvenues, et on comprends que la crise de sub-primes, le coup du contrat des tankers accordé à l'européen EADS (avec Northrop), l'enlisement en Irak, le rachat de la marque de bière US Budweiser par un groupe belge, la seconde place de General Motors dans le palmarès des plus gros producteurs d'automobile, derrière le japonais Toyota... tout ça ça fait que le moral est en chute libre, et qu'il faut bien faire quelque chose.
Mais en plus, nous sommes en période électorale, et les deux candidats à la Maison Blanche, le républicain McCain et le démocrate Obama, rivalisent d'annonces plus ou moins démagogiques pour rassurer tout le monde. Le politique met donc son nez dans tout ça, d'autant plus qu'il se fait l'incarnation du patriotisme et du gardien des valeurs US avant tout. Il lui est par exemple assez difficilement concevable que 60% du pétrole consommé aux USA est importé, et ce essentiellement du Canada, de l'Arabie Saoudite, du Mexique, du Venezuela, du Nigéria et de l'Irak. La dépendance envers les puissances extérieures est donc évidente, même si on ne peut pas imaginer que, malgré que les US les considèrent comme des voisins un peu simplets, les canadiens ferment les vannes d'un coup. Par contre, le positionnement politique de l'Arabie Saoudite, du Vénézuela ou du Nigéria, c'est quand même pas l'idéal. Et du coup, on entend maintenant de plus en plus de voix, dont celle du Président-pétrolier Bush demander la relance des forages off-shore sur le territoire US, qui font l'objet d'un moratoire depuis 1981. Idem, alors que tous les écologistes du monde s'opposent à ce genre de projet, le forage de nouveaux puits en Alaska pourrait bien finalement être validé par le pouvoir. La pression est forte pour augmenter la part du pétrole US dans la consommation, et également l'offre, ce qui dans le principe ferait baisser les prix. On peut toutefois se demander si ce n'est pas un peu une goutte dans l'océan. Tout comme l'opposition écologiste (ou tout simplement citoyenne) contre les puissants lobby pétroliers... Et si ça continue comme ça, le moratoire de protection de l'Antarctique volera lui-aussi en éclat dans quelques années...
Il n'en reste pas moins que l'invasion de l'Irak, sous couvert de bonne volonté et de démocratie, n'avait pas un but très éloigné que celui de faciliter l'accès aux champs pétroliers du Moyen-Orient. A l'époque, l'équipe de Bush & Rumsfeld & Rice & co... avait annoncé, dans l'émotion et le choc de la chute des tours jumelles du WTC, que c'était l'American Way of Life qui était attaquée, et qu'il n'y avait pas trente-six solutions, c'était surement pas à l'Amérique de changer, mais au reste du monde (ou en tout cas aux méchants). Or on remarquera aujourd'hui, presque 7 ans après, que c'est l'Amérique même qui menace l'Amérique. La famille Bush a fait sa fortune sur le pétrole, et voilà que les citoyens américains sont attaqués sur le terrain du porte-feuille par justement le pétrole. Le mode de vie US mène à la sur-consommation de tout, ce qui mène à la sur-consommation du pétrole, qui mène à la crise d'une économie entièrement basée celui-ci... Logique.
Des signes rassurants se laissent entrevoir cependant. L'orientation des américains vers les voitures hybrides, avec en première ligne la Toyota Prius, et la relance des études de ce genre de véhicules par les grands constructeurs US. La réduction des motorisations "normales" dans les véhicules. On peut en conclure que ça pourrait s'améliorer. Oui, on voudra le croire, en oubliant que parfois, les réponses apportées aux problèmes par nos amis américains ne sont tout simplement pas les bonnes, on prendra pour preuve le récent détournement du maïs vers les usines de production d'éthanol, alias les agro-carburants... (voir les précédents billets "Droit dans le mur?" et "Le cas des biocarburants")
Et c'est là que ça devient intéressant. Car on commence à noter quelques changements de comportement qu'on n'aurait jamais cru possibles il y a encore quelques années. Les consommateurs boudent justement les Hummer, je l'ai déjà dit, et en règle générale les gros 4x4 gourmands, et se rabattent vers des voitures plus "normales", bien qu'on reste toujours dans l'excès par rapport à la norme européenne. Certaines "solutions" sont d'ailleurs totalemetn à coté de la plaque, comme le système qui permet de couper, sur un V6, trois des six cylindres pour limiter la consommation, sans remettre en question l'utilité du V6 lui-même... La publicité met en avant la consommation des voitures. Les moyens d'économiser un peu sur le cout des transports dans le budget se font connaitre. On a le même genre de morosité ambiante qui transpire sur le petit écran ou dans les journaux qu'en France, ce qui fini par miner le moral des américains. Sans compter qu'ils sont plus habitués à être au-dessus de tout le monde, donc hors de portée de ce genre de déconvenues, et on comprends que la crise de sub-primes, le coup du contrat des tankers accordé à l'européen EADS (avec Northrop), l'enlisement en Irak, le rachat de la marque de bière US Budweiser par un groupe belge, la seconde place de General Motors dans le palmarès des plus gros producteurs d'automobile, derrière le japonais Toyota... tout ça ça fait que le moral est en chute libre, et qu'il faut bien faire quelque chose.
Mais en plus, nous sommes en période électorale, et les deux candidats à la Maison Blanche, le républicain McCain et le démocrate Obama, rivalisent d'annonces plus ou moins démagogiques pour rassurer tout le monde. Le politique met donc son nez dans tout ça, d'autant plus qu'il se fait l'incarnation du patriotisme et du gardien des valeurs US avant tout. Il lui est par exemple assez difficilement concevable que 60% du pétrole consommé aux USA est importé, et ce essentiellement du Canada, de l'Arabie Saoudite, du Mexique, du Venezuela, du Nigéria et de l'Irak. La dépendance envers les puissances extérieures est donc évidente, même si on ne peut pas imaginer que, malgré que les US les considèrent comme des voisins un peu simplets, les canadiens ferment les vannes d'un coup. Par contre, le positionnement politique de l'Arabie Saoudite, du Vénézuela ou du Nigéria, c'est quand même pas l'idéal. Et du coup, on entend maintenant de plus en plus de voix, dont celle du Président-pétrolier Bush demander la relance des forages off-shore sur le territoire US, qui font l'objet d'un moratoire depuis 1981. Idem, alors que tous les écologistes du monde s'opposent à ce genre de projet, le forage de nouveaux puits en Alaska pourrait bien finalement être validé par le pouvoir. La pression est forte pour augmenter la part du pétrole US dans la consommation, et également l'offre, ce qui dans le principe ferait baisser les prix. On peut toutefois se demander si ce n'est pas un peu une goutte dans l'océan. Tout comme l'opposition écologiste (ou tout simplement citoyenne) contre les puissants lobby pétroliers... Et si ça continue comme ça, le moratoire de protection de l'Antarctique volera lui-aussi en éclat dans quelques années...
Il n'en reste pas moins que l'invasion de l'Irak, sous couvert de bonne volonté et de démocratie, n'avait pas un but très éloigné que celui de faciliter l'accès aux champs pétroliers du Moyen-Orient. A l'époque, l'équipe de Bush & Rumsfeld & Rice & co... avait annoncé, dans l'émotion et le choc de la chute des tours jumelles du WTC, que c'était l'American Way of Life qui était attaquée, et qu'il n'y avait pas trente-six solutions, c'était surement pas à l'Amérique de changer, mais au reste du monde (ou en tout cas aux méchants). Or on remarquera aujourd'hui, presque 7 ans après, que c'est l'Amérique même qui menace l'Amérique. La famille Bush a fait sa fortune sur le pétrole, et voilà que les citoyens américains sont attaqués sur le terrain du porte-feuille par justement le pétrole. Le mode de vie US mène à la sur-consommation de tout, ce qui mène à la sur-consommation du pétrole, qui mène à la crise d'une économie entièrement basée celui-ci... Logique.
Des signes rassurants se laissent entrevoir cependant. L'orientation des américains vers les voitures hybrides, avec en première ligne la Toyota Prius, et la relance des études de ce genre de véhicules par les grands constructeurs US. La réduction des motorisations "normales" dans les véhicules. On peut en conclure que ça pourrait s'améliorer. Oui, on voudra le croire, en oubliant que parfois, les réponses apportées aux problèmes par nos amis américains ne sont tout simplement pas les bonnes, on prendra pour preuve le récent détournement du maïs vers les usines de production d'éthanol, alias les agro-carburants... (voir les précédents billets "Droit dans le mur?" et "Le cas des biocarburants")
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