Car finalement, un robot d’aujourd’hui, dans sa forme, n’est absolument pas anthropomorphe. Il n’y a qu’à voir les robots industriels dans les usines automobiles qui, bien qu’ils se rapprochent de « bras » humains, sont beaucoup plus agiles et performants, avec par exemple plus d’articulations et donc plus de degrés de liberté qu’un bras humain. L’exemple ultime est Dextre (photo), le nouveau bras télémanipulateur de la Station Spatiale International, qui n’est pas des plus sexy pour un film d’Hollywood, mais qui a été pensé, par la société canadienne Canadarm, comme un chef d’œuvre d’efficacité et de précision robotique. Même si on ne peut là pas vraiment parler d’autonomie, puisque c’est finalement un homme qui est aux commandes. Autre exemple de robot totalement « non-humain », le robot de gestion de programme dans les locaux de diffusion de grandes chaines de télévision. Ce type de robot est destiné à gérer une vidéothèque plus ou moins conséquente pour alimenter les lecteurs qui diffusent ensuite les émissions de télé. Des systèmes de rails, une interface de chargement et déchargement de bande, des moteurs, et c’est tout. On est très loin de C-3PO !!

Or à l’écran, on a pratiquement à chaque fois en face de nous un robot à apparence plus ou moins humaine. C-3PO, pour continuer avec lui, reprend la forme humaine (une tête, un tronc, deux bras, deux jambes) mais aussi le comportement et la voix. Il est même, sous cette forme, moins agile qu’un véritable humain. Une sorte d’hérésie fonctionnelle. Sonny, le robot malin du film « I, Robot » est pour le coup une représentation beaucoup plus convaincante de ce que pourrait être un robot humanoïde. Une agilité et une force hors du commun, et des attributs humains comme des mains ou un visage le rendant plus acceptable. Les muscles animant cette « créature » font d’ailleurs l’objet de recherches actuelles et ne sortent pas seulement d’une invention de science-fiction. Dans le film Robocop, le héros est là aussi une version très humaine, physiquement et psychologiquement, du robot d’utilité publique. Et pour cause, il est mi-humain, mi-machine ! En cela il n’est pas totalement un robot, mais un cyborg, une « amélioration » de l’homme par des organes et attributs mécaniques. De l’aveu même de son concepteur dans le film, le visage humain a été conservé pour rendre la chose plus amicale, mais on aurait pu s’en passer. Il n’est demeure pas moins que la machine là est un mirroir des émotions et de la sensibilité humaine, avec une force et une efficacité toute mécanique. Terminator va plus loin dans l’apparence humaine, du moment qu’il a son enveloppe charnelle par-dessus son impressionnant squelette métallique. Mais la palme de l’anthropomorphisme revient tout de même aux représentations d’androides telles que les Nexus 6 de Blade Runner ou les machines de Ghost in the Shell telles le Major Kusanagi. Dans Blade Runner, il est virtuellement impossible de distinguer l’homme de la machine, et c’est même le sujet central du film. Il faut employer un test particulier (le test de Voight-Kampff) pour pouvoir le faire. Supérieurs en tout point aux hommes, les « réplicants » sont l’incarnation ultime du rêve de machine-humaine, de la créature faite à l’image de son créateur, là encore conçus au départ à des fins utilitaires (des esclaves pour la colonisation des mondes extraterrestres par exemple).

Ces représentations fortement anthropomorphes s’accompagnent en plus, la plupart du temps, de comportements ou d’aspirations typiquement humains. Le caractère de C-3PO, la recherche par Robocop/Murphy de sa mémoire et de sa famille, le développement d’une conscience et d’émotions chez Sonny, la quête de vie et l’apprentissage du respect de celle-ci par Roy dans Blade Runner, ou encore là aussi la naissance d’une conscience propre, immatérielle et dispersée dans Ghost in the Shell; tous ces points qui pourraient servir à définir l’Homme sont là prêtés aux machines qui en sont parfois, voire souvent, tourmentées.

De l’autre coté du spectre, on a des machines qui s’éloignent de l’anthropomorphisme « basique » et s’engagent vers une représentation de caractéristiques humaines toujours subtiles, parfois drôles. C’est le cas de WALL-E qui est à la frontière de la représentation humanoïde, avec ses deux bras, ses deux chenilles et sa tête plate pourvue uniquement de deux grands yeux. Une fois en état de sommeil, la machine est un vulgaire cube (ou une sorte d’œuf dans le cas du robot EVE du même film). En mode d’éveil, elle est plus assimilable à E.T qu’à un homme. Et pourtant, et c’est là la grande force de Pixar, les animations, les gestes et les mimiques du personnage le rapproche directement d’un héros de dessin animé totalement humain… ou presque. C’est le même genre de procédé qui est utilisé pour humaniser une souris dans Ratatouille, ou un chat dans les Aristochats. Encore un peu moins de forme humanoïde, on a R2-D2 qui est malgré tout un des robots les plus célèbres. Il ressemble à une pilule, avec deux poutres de part et d’autre du corps, il ne s’exprime même pas en langage compréhensible, et pourtant tout le monde connaît son mauvais caractère, ses bips joyeux ou ses bips malheureux… Et l’éloignement ultime de la forme humaine est représenté dans le superordinateur HAL de 2001 l’Odyssée de l’Espace. Même si ici l’appartenance à la classe des robots est assez délicate à cerner, il n’en reste pas moins que HAL peut intervenir sur son environnement, par l’intermédiaire par exemple des pods, ou des unités de sommeil de l’équipage. Il est omniscient, omniprésent, même en dehors de tout lien physique, et sa seule présence est un œil rond et rouge et froid. Et pourtant, il en vient à adopter un comportement de psychopathe typiquement humain.

Là encore on l’a vu, même si on s’est éloigné de l’anthropomorphisme physique, on a toujours quelque chose qui rattache la machine à des traits de caractères purement humains. Car finalement, un robot véritablement robot ne serait peut-être pas intéressant. Ce genre de machine est cantonné, au cinéma, à des éléments de décor. Ou alors, comme le ED209 de Robocop, à des machines uniquement dangereuses ou au fonctionnement quelque peu défectueux. « Bête et méchant ». Ainsi, l’ED209 du film de P.Verhoeven applique, lors d’une démonstration, sa logique implacable avec laquelle il a été programmé : ne détectant pas la chute au sol de l’arme du faux agresseur participant à la démo, à cause de la moquette, il en vient à l’exécuter à grands coups de mitrailleuse, comme on lui a bien appris. De la même manière, le cerveau VIKI contrôlant les robots de « I, Robot » applique en les interprétant les principes qui régissent les robots (les trois lois de la Robotique de I.Asimov) en les poussant à leur paroxysme et les appliquant pour l’Humanité toute entière, ce qui implique un comportement hostile possible aux individus pour le bien du plus grand nombre. Et je ne parlerai pas de l’armée de droides guerriers de Star Wars…

On le voit, le robot au cinéma, on connaît, on a été pratiquement élevé avec, et aujourd’hui, de grands penseurs/chercheurs/ingénieurs sont à la recherche de la recette pour le fabriquer. On a vu ces dernières années les robots, surtout japonais, se perfectionner, et tendre de plus en plus vers un aspect humanoïde qui nous rapproche de ces images de fiction, ou plutôt de science-fiction. Mais pour ce qui est de la véritable science-fiction, en s’éloignant de cette approche parfois un peu simpliste et assez souvent violente de la relation robot-humain au cinéma, il est plus que recommandable de s’orienter vers les bouquins de Isaac Asimov, dont tout un pan de l’œuvre est consacré aux robots, dans leur essence, leur perfectionnement, leur durabilité, leur influence sur le monde et sur l’humanité, toujours en accord avec les Trois Lois de la Robotique que Asimov à lui-même inventées…