
A l'époque, le
Flatiron de
New-York était un des premiers gratte-ciels de Manhattan. C'était en 1902. Puis vinrent d'autres constructions géantes, élançant vers le ciel les poutres de l'acier conquérant. Le Woolworth Building, dans le Bas-Manhattan, et sa dentelle de cathédrale en 1910; le
Chrysler Building et sa pointe étincellante en 1928; le légendaire
Empire State Building en 1931; le célèbre Rockefeller Center l'année suivante; les Twin Towers du World Trade Center en 1972; la Sears Tower de Chicago en 1974... C'était le temps des géants américains. Paris, avec le complexe de la Défense, a essayé de suivre mais en restant bien plus modeste dans les ambitions ascendantes. Il n'en reste pas moins que les Tours
EDF,
Société Générale,
Total, ou
la Grande Arche sont de beaux exemples d'architectures verticales censées illustrer la puissance et le dynamisme français... Puis vint le temps des monuments asiatiques : les Tours Pétronas de Kuala-Lumpur (Malaysie) en 1998, les nombreuses tours de Hong-Kong ou de Shanghai, et dans cette dernière ville d'ailleurs, la seconde plus haute tour du monde, le Shanghai World Financial Center, avec 492m, inauguré le 28 aout 2008. Seconde plus haute tour juste après un autre grand asiatique, la
Taipei 101 à Taiwan, avec ses 508m inaugurés en 2004... Mais ces dernières années ont vu l'émergence de nouvelles pointes d'acier et de béton dans une autre région du monde, le Moyen-Orient, avec l'emblématique hotel
Burj Al Arab de Dubai, l'un des deux seuls hotels 7 étoiles du monde, culminant à 321m.
Or désormais, la suprématie taiwanaise sur le ciel est terminée. Un nouveau géant a changé le centre de gravité architectural du monde. La nouvelle tour
Burj Dubai a dépassé le Taipei 101, et elle n'est pas prête de s'arrêter. Cet
édifice monumental, en cours de construction à Dubai, dépasse déjà tous les records, avec plus de 150 étages, plus qu'aucune autre structure jamais construite, et plus de 553m de haut soit plus que la tour de Toronto, qui n'est cependant pas un gratte-ciel. La Burj Dubai devrait atteindre d'ici quelques mois son altitude finale de 808m (présumée). C'est deux fois et demi plus haut que le Chrysler Building, le gratte-ciel préféré des new-yorkais. En fait c'est plus de deux fois plus haut que n'importe-quel gratte-ciel américain. C'est trois fois plus haut que n'importe-quelle tour de la Défense. C'est plus de deux fois et demi plus haut que la Tour Eiffel... En fait, je ne suis même pas sur qu'on puisse se rendre compte de ce que ça représente. Une telle construction sera visible, par temps clair (pas gagné à Dubai) à des dizaines de kilomètres, voire 100km à la ronde. Synonyme de superlatifs (le plus haut et rapide ascenseur du monde, le plus haut observatoire public du monde...), le Burj Dubai comprend à la fois des bureaux, des zones commerciales, des zones d'habitations, des hotels. Il sera le centre du nouveau complexe économico-commercial de la capitale des Emirats Arabes Unis.
Il est alors intéressant de constater comment les gratte-ciels sont les indicateurs de dynamisme, de croissance, d'ambition des sociétés humaines. On l'a vu, la fin du XIXème siècle et une grande partie du XXème siècle ont été dominés par les constructions américaines qui pour la plupart sont bien plus célèbres en Occident que ne le sont les buildings chinois ou coréens. La faute au cinéma. New-York ne se conçoit ainsi dans notre imaginaire que comme un assemblage de gratte-ciels plus prestigieux les uns que les autres. On pourrait facilement en citer une demi-douzaine de tête. On imagine aussi Chicago, Los Angeles, Atlanta, Montréal, toutes ces villes modernes et profondément américaines, hérissées de ces pointes à la gloire du capitalisme et de l'ambition financière. La fin du XXème siècle a vu l'émergence des pays asiatiques dans la course aux nuages. On notera ainsi que les plus grands buildings actuels ou en construction sont pour la plupart localisés en
Chine (Shanghai, Guanghzou, Shenzhen, Hong-Kong...), à Taiwan, en Malaysie... Et ce début de XXIème siècle consacre également le Moyen-Orient comme à Riyadh ou La Mecque (Arabie Saoudite), Doha (Qatar) et bien sur Dubai...
D'autres gratte-ciels sont en cours de construction en Europe ou aux Etats-Unis, ne citons par exemple que la
Freedom Tower (541m), qui sera construite à la place des Twin Towers à New-York ou la
Chicago Spire (610m). Mais la grosse majorité du béton coulé à la vertical l'est en Chine ou dans les pays dits "pétroliers". Et force est de constater que ce sont précisément là que les chiffres de la croissance sont les plus forts. L'Occident, et les USA à leur tête, a été à la pointe du progrès, ou du moins de la progression économique pendant longtemps, et il fallait construire toujours plus haut, plus grand, plus vite. Ce comportement est maintenant l'apanage des "nouveaux" capitalistes, la Chine se libérant et libérant son incroyable appétit en de grandioses tours de verre et de lumière à Hong-Kong ou Shanghai, le Moyen-Orient profitant de la manne pétrolière pour préparer son économie à "l'après pétrole", misant tout sur le tourisme et les échanges financiers.
La tour Burj Dubai est le gratte-ciel le plus haut du monde. Dans le pays qui possèdera la plus grande flotte d'A380 du monde. Le pays dont le PIB est parmi les plus hauts mondiaux. Le pays de l'hotel le plus luxueux et le plus haut du monde. Ce Burj Dubai se veut ainsi le phare de la nouvelle économie mondiale, plus haut que les ambitieux chinois, plus fort que les décadents américains, plus puissant que les anciens colonisateurs européens. S'il est impossible de dissocier l'érection de ces monuments des volontés d'ascension dans la hiérarchie économique mondiale, on peut pour le moment se contenter d'admirer les prouesses techniques qui les rendent réels aujourd'hui, et la créativité architecturale qu'ils représentent...
Sites à visiter :
Burj Dubai Skyscraper ;
Site officiel Burj Dubai ;
SkyscraperPage.com ;
Structurae