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lundi 24 novembre 2008

Le Futur de l'Aviation, épisode 3

C'est marrant comme le sujet de l'avenir de l'aviation devient "populaire" ces derniers temps. Evidemment, et on en a déjà parlé lors des deux premiers "épisodes" (à lire ce billet et celui-ci), cela est du à la récente flambée du cours du pétrole. Cette augmentation spectaculaire qui d'ailleurs se trouve aujourd'hui suivi d'une brusque redescente du cours : on est aux alentours des $47 le baril, alors qu'on traversait le plafond des $150 il y a quelques petits mois...

C'est marrant donc de tomber sur un nouveau site, le departure2093.com, qui parle de tout ça, comme je peux le faire ici plus modestement. Ce site de la compagnie finnoise Finnair a été mis en place alors que la compagnie fête ses 85 ans. Il nous projette donc 85 ans dans le futur, en 2093, et s'interroge sur le futur de l'aviation, donc...

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lundi 3 novembre 2008

Tempelhof : Off

Il y a quelques jours, vendredi dernier en fait, l'aéroport de Berlin-Tempelhof, en Allemagne, a été fermé et ce, dans l'indifférence générale de ce coté du Rhin. Car si en "Germanie", l'attachement des berlinois à cette plate-forme aéroportuaire s'est faite sentir par de nombreuses pétitions notamment, en France, c'était un peu le silence radio. Enfin, en parlant de radio, il y a bien Frédéric Beniada sur France Info qui en a fait sa chronique le weekend dernier.

Etrange quand même, mais bon. C'est vrai quoi, il ne faut pas oublier que l'aéroport de Tempelhof était le premier véritablement au monde, et son aérogare monumentale était, à son inauguration, le plus grand bâtiment du monde, et n'est aujourd'hui surclassé que par le Pentagone et le Palais de Bucarest. Grand en terme de superficie, j'imagine. De même, c'est sur cet aéroport que la Lufthansa, la compagnie nationale allemande est née. C'est à Tempelhof que se déroulait le pont aérien au sortir de la Seconde Guerre Mondiale. Bref, Tempelhof, c'est l'histoire de Berlin, l'histoire de l'Allemagne, l'histoire européenne, l'histoire de l'Aviation. Et la politique en a eu la peau, sans que le public y voit le problème.

Dommage, car finalement un aéroport, une aérogare, c'est un peu le pendant des gratte-ciels en terme d'expression d'architecture. C'est comme une sorte de thermomètre de la croissance, du dynamisme, de la culture d'un pays. Alors que les gratte-ciels, comme j'ai pu l'écrire dans un précédent billet, c'est ce qui a montré au monde que les Etats-Unis par exemple, dans les années 20-30-40 était le centre de l'architecture et de la conquête des hauteurs ambitieuses à l'image de sa société, les aérogares ont un parcours quelque part parallèle, étonnamment. Ainsi simplement chez nous, Orly était l'image de la France dans le monde, d'où partait les escadrons de Lockheed Constellation d'Air France emmenant des passagers fortunés vers les colonies d'Extreme-Orient ou vers New-York dans les années 50. Paris-Roissy-Charles-de-Gaule 1 (CdG1) était l'emblème de la conquête bétonnée de l'ambition d'une France qui concevait Concorde, à la pointe de la technologie de la fin des années 60. Et aujourd'hui, Roissy-CdG-2E/2F sont les miroirs de la maitrise (quand ça se casse pas la gueule!!) des volumes d'imaginaires, sans un seul pilier à l'horizon, qui seraient à admirer si on n'était pas uniquement concentrés sur le passage des contrôles de sécurité...

Comment ne pas être admiratifs devant ces oeuvres architecturales dont les arcs, les poutres et les volumes sont jetés à l'horizontal comme les parois de verre et les pointes d'acier sont projetées à la verticale vers le ciel (un autre point commun, ce ciel...)? Comment ne pas voir là le reflet de la santé économique et de la soif de lumière des sociétés et des pays qui les construisent, qui les imaginent. Au XXème siècle, l'Europe se donnait aux visiteurs par l'interface des halls d'aérogares de CdG2 ou Madrid Barajas pour ne citer qu'eux (mais pas beaucoup d'autres). Mais ces portes d'entrée ont été éclipsés par de gigantesques chantiers tous plus titanesques les uns que les autres, comme pouvaient paraitre titanesque les Empire State Building ou Chrysler à leur époque. En Chine, au Moyen-Orient ou au Japon, les espaces codifiés, successifs et structurés d'une aérogare moderne ont trouvé des expressions impressionnantes comme à Singapore-Shangi, à Hong-Kong Chep-Lap-Kok, à Osaka-Kansai, à Dubai, à Shanghai, à Beijing-Capital-Airport. Ce dernier est d'ailleurs un monument à lui tout seul, puisque le dernier terminal, le terminal 3, est tout simplement plus grand que London-Heathrow tout entier! La Chine est déjà une collection de perles d'architecture verticale avec d'incroyables gratte-ciels, ses aérogares passent la deuxième couche, comme pour bien faire comprendre au monde qu'il ne plus question de passer à coté de ce pays immense. Et cette volonté, ou presque folie de grandeur gagne des états beaucoup, beaucoup plus petits mais aussi plus riches : les états pétroliers du Moyen-Orient s'offrent des flottes d'avions géants, et les aéroports qui vont avec. On notera au passage que souvent ces aérogares-vitrines sont le fruit du travail de bureaux de design/architecture occidentaux...

Alors voilà. Peut-être que comparer Tempelhof à l'Empire State Building est un peu exagéré, mais on n'est pas si loin. Et que dirait les new-yorkais si on fermait comme ça l'ESB? Il ne faudrait pas oublier, alors que le public est habitué à ce que les médias disent quand ils parlent d'aviation (à savoir, sans ordre particulier, et parfois avec une mauvaise foi affligeante : bruit, accidents, pollution...), que les aérogares qui font partie intégrante de cette aviation sont les premières impressions qu'on a d'un pays, le premier contact avec lui. Je me souviens parfaitement de mon passage à Singapore-Shangi, il y a deux ans. Une aérogare immense, mais confortable, propre, moderne et presque intimiste parfois. C'est une projection d'image, c'est cette image qui est la force des grandes oeuvres, comme peuvent l'être de grands aéroports ou de grandes tours de verre...