
Mon premier contact avec la Chine s'est donc fait en débarquant à Shanghai. Shanghai, en 2010, c'est la plus grande et la plus moderne des villes de Chine continentale. Vingt millions de personnes habitent dans l'agglomération. Des plus pauvres aux plus riches, les shanghaïens sont les new-yorkais chinois.
Le paysage de la ville est en pleine mutation, s'hérissant de plus de 400 gratte-ciels mis en valeur par des jeux de lumière et de néons qui nous plongent encore un peu plus dans une ambiance futuriste. Dans les avenues bordées de platanes, des centaines, des milliers de taxis se frayent un chemin au mépris parfois des règles du code de la route. L'usage du klaxon est une évidence, la traversée à pied d'un carrefour une aventure.
Je suis arrivé en ville juste après le nouvel an chinois, et juste avant la fête des lanternes. L'ambiance dans la ville était alors festive, lumineuse. Des pétards claquant un peu partout, à n'importe quelle heure du jour et de la nuit, des feux d'artifices au milieu des buildings, des décorations par centaines, tel était le spectacle. Les vitrines des magasins, ouverts toute la semaine, rutilaient de lampions, de noeuds. Malgré la pluie et la grisaille, la première approche avait un gout de fête.
Aux alentours des immeubles-hotels rivalisant de luxe et de brillants, les avenues exhibent des articles de grandes marques occidentales prisés des chinois les plus aisés. Cette tranche de la population, surement sur-représentée à Shanghai, s'amuse apparemment à montrer sa réussite capitaliste dans le pays du socialisme communiste. Audi, Mercedes, BMW, Ferrari, Bentley,Rolls-Royce se rencontrent dans Nanjing Lu, tout autant que les 206, les Passat ou les taxis. Les vitrines Rolex, Vuitton, Gucci, Dior s'étalent en de nombreux endroits, parfois en plusieurs exemplaires. La frénésie de consommation s'est emparée de la ville, les publicités dans le métro ou en version géante sur les façades invitent les shanghaïens à succomber à l'appel du matérialisme. Les égéries occidentales côtoient les stars féminines du cinéma Made in China (Gong Li ou Zhang Ziyi...) pour nous vendre montres, produits de beauté, électroménager... La tendance est aux traits asiatiques plutôt peu marqués semble-t-il, donnant peut-être une certaine idée de modernité occidentale à une Chine avide de consommation.
Quelques rues à l'écart des grandes artères commerciales, la Chine plus traditionnelle reprend ses droits. De magasins minuscules en boucheries de trottoir, de porteurs d'eau en ouvriers du bâtiment courant, le bol à la main, pour le déjeuner, le contraste est saisissant. L'échelle de valeur s'étend, la vie grouille, le luxe disparait et se retrouve au loin, au-dessus, dans la silhouette des tours de verre qui surplombent les quartiers misérables en apparence, qui faisait le vieux Shanghai.
Un vieux Shanghai qui s'amenuise par endroit sous les coups de pelleteuses de promoteurs immobiliers. Des pâtés de maisons entiers sont condamnés au profit d'un centre financier, d'une tour d'habitation ou d'un siège de chaine de télé. La municipalité, consciente tout de même de la richesse architecturale et culturelle d'une vieille ville façonnées entre-autre par des occupations française et britannique, propose un plan de préservation de certains bâtiments ou certains quartiers d'intérêt. Ainsi, par endroit, une plaque en chinois et en anglais rappelle que telle maison ou tel quartier est un "héritage" ou un "modèle". Les petites rues ou les "lane houses" conservées se retrouvent alors parfois surplombées par les bureaux et les appartements, au 25ème ou 36ème étage d'une tour soulignée de néons multicolores.
L'Exposition Universelle ouvre dans un mois et demi et la ville se préparent activement. Pas de répit pour les ouvriers s'activant nuit et jour, sept jours sur sept, sur les milliers de chantiers que compte Shanghai en ce moment. Même le fameux "Bund", la promenade prisée le long de la Huangpu River, est en pleine réfection. Le quartier de Pudong voit toujours de nouveaux gratte-ciels se construire tranches par tranches. Et les pavillons nationaux, rassemblés autour du monumental pavillon rouge chinois sur le site de l'Expo, sont terminés dans un compte-à-rebours effréné. La municipalité mise beaucoup sur la qualité de la représentation de Shanghai par le biais de cette expo. Tout doit être parfait et ne doutons pas que les chinois, et le gouvernement central, feront en sorte que ce soit le cas... Au moins jusqu'en octobre. Espérons aussi que tout cela profitera finalement à un maximum de shanghaïens.